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Qu’est-ce qui rend les chiens dangereux ?

Définir des lois et prendre des mesures contre les attaques de chiens est aujourd’hui nécessaire. Pourquoi justement aujourd’hui, puisque statistiquement, le nombre de morsures sur humain n’a pas augmenté ? Dans les milieux cynophiles, on pointe du doigt les médias, mais chacun le sait : casser le thermomètre n’a jamais fait baisser la fièvre. Expression chère aux journalistes, même si leur rôle dans la pertinence des textes passés et futurs est pourtant indéniable.

Pourquoi maintenant, et pourquoi les chiens attaquent-ils des humains ? Premièrement parce que la place du chien dans notre société et dans notre vie a changé. Il vit de plus en plus au cœur de notre quotidien, fait partie de la famille. C’est un fait, mais pas forcément une bonne chose.

A ce propos, éthologues et sociologues pointent certains détails de l’évolution de notre environnement avec beaucoup de perspicacité : la simple évolution du chauffage central, permettant de laisser les portes ouvertes partout à l’intérieur de nos habitations... Un détail qui n’en est peut être pas un pour le chien contemporain, qui a déjà du mal à rester à sa place de chien, et respecté dans son animalité.

Le chien, quelque soit sa race, est un loup modifié artificiellement. Il garde son équipement et une partie de son fonctionnement de prédateur carnivore, des codes sociaux du loup.

On ne peut pas reprocher à un animal sauvage de vivre sa nature, mais on peut cependant reprocher à l’homme d’avoir sélectionné et créé des races pour le spectacle de combat (les chiens de type « bull » destinés à combattre contre des taureaux), la guerre, ou une forme de chasse contre-nature où on instrumentalise les capacité de prédation du chien contre des espèces auxquelles il n’aurait jamais dû se mesurer : jaguar pour le dogue argentin, lion pour le rhodésian ridgeback, ours pour le chien de Carélie, etc... C’est dangereux, reconnaissons-le.

Des ces animaux, sur des centaines de générations, on a sélectionné les plus résistants à la douleur, les plus téméraires (suicidaires), les plus grosses mâchoires, mais aussi amputé d’une partie de l’héritage communicatif du loup si sociable : les chiens de combat ne s’arrêteront jamais aux signes de soumission de l’autre et iront jusqu’à la mort, ce qui est profondément contre nature, mais bien plus spectaculaire pour les parieurs !

D’ailleurs sur les lignées les plus poussées en sélection sur l’agressivité, la nature dit stop : la reproduction ne peut plus se faire, la femelle n’accepte plus le mâle, n’allaite pas ou tue ses chiots. Ce phénomène extrême ne s’est encore observé que sur certaines lignées de bull-terriers.

Vous savez déjà qu’un chien ne naît pas dangereux, mais qu’il le devient. Que, certes, un rottweiller fait plus de dégâts en mordant qu’un caniche, mais que les plus mordeurs ne sont pas ceux qu’on croit.

Au travers des races dites « dangereuses », on paie aujourd’hui le prix de cette sélection. En considérant en général le chien comme un « outil de compagnie », on nie la sélection de milliers d’années à des tâches aussi variées que la conduite de troupeau, la protection des territoires, la chasse, le combat... Cela peut parfois exister avec succès, mais finalement, utiliser un chien de chasse capable de courir une centaine de kilomètre par jour, ou un american staffordshire terrier comme nounou, c’est aussi absurde que de faire la cuisine avec une kalachnikov.

Voilà pour l’inné.

Et maintenant l’acquis.

Dans ce domaine encore, on joue avec le feu. Je souris lorsque j’entends les projets de loi gouvernementaux proposant de passer un « permis chien » dans les clubs canins associatifs. Sur ces mêmes terrains où on fait presque toujours mordre des chiens sur des humains. « Apprendre à contrôler la morsure en s’amusant disent les pour ». Mais si ce n’est réellement qu’un jeu proprement dit, pourquoi justement faut-il un « homme d’attaque », et pourquoi est-ce si tabou qu’un maître « joue » à faire mordre son chien sur lui-même ? Pas si anodin sûrement, et il y aurait encore beaucoup à dire.

D’ailleurs, comment être sûr de ce que font les adeptes de ces enseignements ? Apprendre à mordre fortement et fermement en gueule, à prendre l’initiative d’attaquer, faire disparaître la phase de menace (grognements, postures, découverte des dents, pilo-érection etc...), mais aussi trouver le plaisir et l’apaisement dans la morsure... Il y a là quelque chose d’inquiétant. On est pourtant ici dans un cadre légal, ouvert à de simples particuliers, sans forme de sélection, et personne ne s’en indigne. Les détenteurs d’armes à feu et du tir sportif ont le même discours : « pratiquer pour mieux contrôler ». Chacun voit midi à sa porte (les chasseurs ne se vantent-ils pas d’entretenir la faune et la flore des espaces naturels ?) On connaît les chiffres en matière de tragique utilisation de ces armes... la comparaison avec le chien, il n’y a qu’un pas.

Ce que nous montrent les médias : d’une part des maîtres faisant des erreurs aux conséquences gravissimes. Dans le cadre familial ou à l’extérieur, les carences de socialisation, les conditions d’élevage désastreuses, l’absence de cadre et de repères ; il manque, il manque : cette autorité (qui fait aussi défaut dans d’autres domaines), les connaissances de base d’une espèce animale qu’on héberge sous son toit, et une ligne de conduite de tous les membres de la famille, enfants compris !

Encore moins joli, les « vedettes » de ces faits divers sont aussi des propriétaires souvent bien conscients de ce qu’ils font en organisant à grande échelle l’élevage, le dressage et l’entraînement de chiens-armes, dont la violence n’a comme limite que la folie de leur propriétaire. Passeurs de drogue, boucliers servant à assurer la garde sur les lieux de trafics divers, combattant de l’arène, il est maintenant dangereusement naïf de croire que ces délinquants seront plus lents à s’adapter que nos vieux législateurs. La catégorisation des races proprement dites (qui passe par leur identification) ne sera pas d’un grand secours contre cette violence et ces maltraitances.

Le bilan de ce texte, c’est que j’ai tiré à boulets rouges sur une grande variété de catégories sociales et ça ne me réjouis pas du tout. Les attaques de chiens : un phénomène de société, il faut bien le reconnaître, ça ne facilite pas la tâche.

La répression est nécessaire dans un second temps, mais lorsque dans notre refuge Spa par exemple, on voit les motifs d’abandon d’un chien, on se doute que les motifs de leur acquisition furent sûrement au moins aussi farfelus.

Informer à tout âge de ce qu’est un chien, écouter et conseiller, c’est ce qu’on peut attendre de ceux qui veillent à la santé publique. Pour les maîtres, se remettre en question, accepter les conseils et respecter toujours et encore plus les autres (toutes espèces confondues), ça ressemble à un vœux pieu. Mais peut être le cercle vertueux n’est-il pas si loin ?