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Chien éponge. Chien baromètre. Chien support d’expression.



La théorie communément admise est que tout chien descend du loup, les races très nombreuses (au moins 400 reconnues) et les croisements, donnent une disparité au sein de l’espèce qui n’a pas d’égal dans tout le règne animal.

Du chihuahua de quelques grammes au mastiff d’une centaine de kilos, tous viennent du loup et ont été créés artificiellement par l’homme.

L’évolution sociologique de l’humain explique les modifications apportées à son fidèle compagnon. A travers des moyens plus ou moins réversibles, plus ou moins coûteux, à court et à long terme, l’intervention sur le chien familier en fait un moyen d’expression docile, supportant presque toutes les pressions de son milieu : l’extrême proximité de l’homme.

D’abord le modelage peut se faire par sélection génétique. De ce point de vue, le chien est pratique puisqu’il supporte une consanguinité assez serrée, ce qui permet aux éleveurs de fixer des caractères en peu de générations. Mais comme disait Darwin, on ne peut sélectionner un seul caractère sans que d’autres soient associés. Et comme certaines races existent depuis longtemps, ces sélections ont malheureusement été plus éclairées par le folklore que par de réelles données scientifiques ou éthiques.

Prenons ici pour exemple le berger allemand issu de lignée « de beauté » : quasi plantigrade, dont les angulations des membres étaient sensées favoriser le trot et le saut, et qui finalement rendent le chien inapte à tout exercice physique, et souffrant dès les premières années de sa vie !

C’est aussi de par la sélection génétique qu’on parvient à littéralement modifier le métabolisme des chiens pour assouvir quelques loisirs ou jeux d’argent.

Comme premier exemple, je citerai le cas de certains chiens de traîneau très spécialisés (alaskan husky), qui, pour assouvir leurs besoins énergétiques quotidiens devraient pour cela ingérer quelques trois kilos de viande et graisse si ils étaient nourris naturellement. Mais ces chiens n’ont la capacité de digérer qu’un bol alimentaire de 300 grammes ! Croquettes hyper énergétiques ou tu meurs...

Le second exemple est celui des galgos, ces lévriers espagnols qui, formatés pour un effort explosif, peuvent carburer aux glucides, donc aux sucres (contrairement aux autres chiens qui brûlent les lipides). Les réformés des champs de course qui survivent aux dopants et aux mauvais traitements souffrent à vie de leurs dents pourries.

Et que dire de la sélection génétique chez un irish wolfhound dont le cœur lâche, car trop petit pour les mètres de tuyauterie de son corps géant ? Ou du komodor, ce chien parait-il de berger, mais qui affublé d’un pelage qui forme des cordes, le rend non seulement quasi aveugle mais aussi candidat à la noyade ?

D’autres comme le bulldog anglais, illustrent la fascination de l’homme pour la tératologie* : la face aplatie à l’extrême, les sinus aussi mal agencés que l’occlusion de ses mâchoires, ayant peine à se mouvoir ; le mâle en détresse ventilatoire n’est non seulement plus capable de saillir la lice, mais elle-même est incapable de soutenir le poids de monsieur. De toute façon, gamètes faiblardes et un bassin plus étroit que la tête des chiots, obligent l’homme à intervenir à toutes les étapes de la reproduction.

Il ne semble pas comprendre que la Nature dit : « stop ».

L’évolution technologique ne suit malheureusement pas celle de l’éthique, mais il est tout de même louable qu’en France les mutilations de convenance soient en passe de disparaître.

Couper la queue, les cordes vocales, les oreilles, rétrécir le museau, encourager les plis, les excès de peau, de pelage... C’est déjà une prouesse que le chihuahua communique avec le dogue allemand et qu’ils se reconnaissent même comme appartenant à une seule espèce. Il n’y a aucune justification à encore plus d’entraves.

Les effets secondaires de la sélection artificielle, sur une lignée pour laquelle on recherche des traits comportementaux poussés sont encore plus difficiles à mesurer :

Développer la réactivité et la pulsion de morsure à l’extrême pour les concours de mordant, la tenue de la prise, l’absence de phase de menace, et tout cela pour le loisir, c’est à mon sens, jouer avec le feu.

Mais il y aurait aussi beaucoup à dire à propos de l’inverse : l’absence totale de sélection sur des critères comportementaux d’une lignée entière. Un champion de beauté mal dans ses poils ou invivable, c’est malheureusement chose courante.

Récemment, lors d’un débat, un haut représentant de la cynophilie officielle me soutenait que TOUS les chiens avaient fait l’objet d’une sélection dans un but purement utilitaire. Je ne pu m’empêcher de sourire en pensant au cas du très-à-la-mode cavalier King Charles, chien imaginaire figurant sur une peinture et (re ?)créé à l’identique par de réels « passionnés » !

Pédomorphique à outrance, son physique éternellement juvénile séduit ceux qui disent égoïstement « Oh ! Il faudrait qu’ils restent toujours comme ça ». Purement fonctionnel ou totalement fantaisiste ?

Non content de s’arrêter là, cherchant le petit plus de la « touche personnelle », il y a heureusement, et pour toutes les bourses, une montagne de teintures, parfums, couleurs, vêtements, piercings, tatouages, et accessoires pour customiser sa bête et l’assortir... à son maître. Il suffit de fréquenter les expositions canines et leur nuage de laque, pour se demander ce qui est le plus étouffant finalement !

Condamner l’hyper-type en élevage ou les excès des modifications corporelles, n’est pourtant pas critiquer le principe de la différenciation et de la stabilisation du Chien en différentes races ; car cela peut aussi être passionnant. Aujourd’hui, dans notre société, que faire des qualités d’un chien jadis sélectionné pour le troupeau, la guerre ou la chasse ? Comment faire évoluer la sélection ?

La plupart des races sont aujourd’hui élevées pour la compagnie, cela signifie-t-il qu’il faille édulcorer, écrêter le tempérament et les aptitudes de chacune ? Ce nouveau rôle requiert pourtant de solides qualités et n’a rien d’évident... L’apparition des comportementalistes suffit à en témoigner !

Mais il ne faut surtout pas oublier d’être critique et chercher à décrypter les rouages des maltraitances cachées, qui prennent sans cesse de nouvelles formes et impliquent tant et plus d’intermédiaires. Ceux dont le discours est finalement si peu cohérent lorsqu’on le replace ne serait-ce que dans le contexte de la déclaration des droits de l’animal ou de ce qu’on sait de façon certaine de la biologie et de la psychologie de notre meilleur ami.

*Tératologie (du grec teras, monstre et logos, science) : est l'étude scientifique des malformations congénitales. Elle est l'étude des monstres. Le terme de monstre est ici à prendre selon sa définition dans les sciences de la vie (être vivant présentant une importante malformation).