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Le chien et l'enfant.

Malgré ce qu’écrivent certaines compagnies d’assurance, un enfant ayant grandi avec des animaux aura toujours « quelque chose de plus ». Comment pourrait-il en être autrement ?

On ne peut douter que l’animal à la maison est bénéfique à l’enfant, dans sa culture, son assurance ou encore pour sa santé.

Mais également dans d’autres cadres, comme par exemple celui de l’école, je citerai l’étude enthousiaste, menée depuis Besançon par le professeur Hubert Montagner et une équipe de dix huit scientifiques de tous bords*.

Etude assez récente (1995) qui fournit actuellement les données les plus précises qu’on puisse avoir en Europe sur ce sujet.

Je traiterai ici de la relation entre le chien et l’enfant. Mais vous constaterez que ces informations ou conseils s’adressent en fait à l’adulte, qui se doit d’être absolument toujours présent, quand enfant et chien sont ensemble

En effet, il y a aussi un risque à faire cohabiter un chien, prédateur carnivore, loup modifié, et un enfant, fragile petit être, ne sachant anticiper le danger et s’en protéger.

Je n’évoquerai pas les soit disant risques allergiques, étant donné que les allergologues eux-mêmes sont divisés sur la question.

Mais il est certain, que l’anticipation de ce risque, autant que celui des morsures, devrait permettre d’éviter qu’on se débarrasse de l’animal à l’arrivée d’un enfant.

Voir son chien qui mord (un animal, un autre chien, un humain), provoque souvent chez les maîtres une cassure dans le lien d’attachement. Ceci, les psychanalystes l’ont décrit sous le terme d’Unheimlich, ou « inquiétante étrangeté ». C’est la découverte traumatisante de quelque chose de caché, qui était pourtant proche de nous, et qui émerge violemment :

« -Je n’aurais jamais pensé ça de lui. Je n’arrive pas à croire que ce soit mon chien qui ai fait ça. Il s’est transformé, est devenu monstrueux, un regard fou, cette gueule » etc...

Ceci est encore accentué par notre façon contemporaine de vivre le chien. Lui donner à manger des petites boules brunes déshydratées, l’habiller, le parfumer, le toiletter ; bref, lui prêter des traits presque humains, fait encore une fois oublier ce qu’est un chien.

Pour le parent ou futur parent, cette réalité doit être prise en compte et maîtrisée, afin que la vie de la famille et de son chien, soit réussie.

>>> Qui est mordu ?

Deux tranches d’âges fréquemment touchées, et cela conditionne également la gravité et la localisation des morsures.

D’abord les enfants entre neuf mois et trois ans. L’autonomie motrice, l’imprécision des gestes accompagnée du besoin de découvrir, l’impossibilité à cet âge d’entrer en empathie, et de décoder les signaux de menace ou d’agacement du chien, sont à l’origine des accidents. On parle souvent de « morsures de dessous de meubles » localisées au niveau du visage et partie supérieure du corps. Les garçons sont alors les plus touchés. Le chien étant celui de la famille proche.

Ensuite, l’autre tranche d’âge serait de douze à quinze ans. Ici le chien mordeur est souvent rencontré dans la rue, les morsures se concentrent aux extrémités des membres. Ici la population à risque est féminine, et des morsures au visage se rencontrent fréquemment lorsque la jeune fille essaye d’entrer en contact avec un chien inconnu, par exemple attaché devant un magasin. Et c’est le geste de faire un bisou sur la truffe du chien qui provoque la morsure par peur ou irritation. Du côté des garçons, il s’agirait plutôt du chien proche et les morsures dues aux « jeux » de prise de pouvoir.

>>> Pourquoi ?

La plupart du temps pour pouvoir se soustraire au contact de l’enfant.

Après plusieurs menaces non comprises, ou déplacements, qui auraient dû immédiatement alerter les parents. Ce sont de morsures par irritation.

Plusieurs facteurs aggravants peuvent favoriser l’irritabilité du chien :

. troubles de l’empreinte et de l’attachement à l’espèce humaine (attaque de prédation sur enfant)
. états d’anxiété
. états de douleur chronique (arthrose, otites...)
. états de douleur ponctuels (écrasement de la patte, de la queue, blessure, parasites...)
. atteintes sensorielles (défaut de l’ouïe, de la vue...)
. situation de conflit dans le groupe familial
. présence de nourriture
. non respect de la place de couchage du chien

Mais on peut aussi repérer l’association systématique de l’enfant et d’une chose désagréable pour le chien (mise à l’écart, jeux du type « chasse au chien »…)

Un cas à part est celui des chiennes s’accaparant le bébé. Là les morsures se concentrent sur les adultes, parents plus ou moins proches, essayant d’approcher le bébé. Dans ce cas de figure, il convient de réagir très vite, car il peut être « amusant » de voir la bonne chienne garder le berceau, mais le phénomène a toujours tendance à s’amplifier et se généraliser.

La prévention doit intervenir sur les trois parties :

1. Avant l’arrivée de l’enfant, les maîtres doivent se mettre d’accord sur des principes concernant la nouvelle organisation, ce qu’ils attendent du chien, de leur enfant, parler de leur vision de toutes ces interactions. Se documenter sur le chien, presque autant que sur l’enfant qui arrive. S’entourer si besoin est, en demandant conseil à des amis connaissant cette situation, à un comportementaliste.

2. Le chien quant à lui, doit faire l’objet d’un bilan vétérinaire complet, et d’entretiens avec un comportementaliste, si son comportement inquiète et parait incompatible avec l’arrivée de l'enfant. Pour le chien, la transition doit se faire en douceur. Les changements d’emploi du temps, des promenades, de l’organisation géographique de la maison doivent faire l’objet d’une habituation. Des enregistrements de bruits du bébé existent notamment pour préparer l’animal (pour ne pas provoquer l’effet inverse, ils doivent être précautionneusement utilisés). Encore une fois, il est bon de rappeler que la mémoire du chien est associative. Il convient de ne pas créer d’associations désastreuses.

3. La meilleure prévention est encore l’éducation de l’enfant. Et lui apprendre surtout à respecter le chien dans ce qu’il tente de signifier. En quelque sorte, l’aider à traduire ce qu’exprime son chien. Dès le plus jeune âge, affirmer le caractère « sacré » du lieu où le chien mange, et où il couche (pas seulement l’objet gamelle et panier). Prendre la bonne habitude d’appeler le chien pour demander une interaction (caresses, jeu...), et non d’aller le chercher. Et dans le domaine de l’affection, éviter d’embrasser les chiens sur le museau et de toucher les zones très signifiantes pour l’espèce canine (gorge, zone ano-génitale, extrémités des pattes)

Pour finir, je dirais que le choix d’une race précise ne change rien au danger. Un chien reste un chien. Et opter pour un chien a « bonne réputation » est illusoire : en France, c’est bien le labrador qui est statistiquement le chien le plus mordeur !

*« L’enfant, l’animal et l’école » Bayard éditions/AFIRAC